La sociologie de notre commune révèle un village en pleine mutation minière mais réticent à abandonner les derniers vestiges de sa ruralité. Comptant près de 3750 habitants, notre sol accueille une centaine d’étrangers, tous venus essentiellement de la Belgique voisine pour satisfaire les besoins en main d’œuvre de la Compagnie des Mines de Béthune qui exploite la Fosse 3 (depuis 1860) et la Fosse 4 (depuis 1867). Les autres nationalités recensées sont des russes, tchèques, luxembourgeois et allemands. A noter que la seule présence anglaise est celle de Mme GOLASTON, la gouvernante de M. Maurice WATTEBLED.
L’écrasante majorité des forces vives de la commune est dévolue à l’extraction minière. Un peu moins de mille habitants, hommes et femmes confondus, sont houilleurs ou exercent, sous l’autorité quasi régalienne de l’ingénieur Louis BAYLE, une activité liée à la mine.
Sous l’impulsion de son maire, Louis FRUCHART, un négociant en vins et spiritueux élu en 1911 à la suite d’Adolphe NEVEU, Vermelles est une commune particulièrement vivante. Le large éventail des catégories socio-professionnelles présentes en ces années d’avant-guerre démontre son dynamisme et la richesse de son agriculture et de son artisanat.
En dehors de l’industrie charbonnière, les principaux employeurs sont nos brasseurs, Albert et Maurice WATTEBLED et Alfred LARIVIERE. La brasserie de l’Etoile, sous la direction de René LARDINOIT, compte dans ses rangs des métiers aussi divers que liquoriste, ouvrier malteur mais aussi chaudronnier en cuivre ou tonnelier.
A côté de cette activité brassicole, deux chiffres frappent les esprits: il y avait en 1914 à Vermelles 53 fermes ou exploitations agricoles et 77 cabarets ou buvettes (pièces dédiées et ouvertes à l’intérieur d’un domicile où l’on pouvait consommer café, bistouille, vin ou le plus souvent de la bière locale).
Et tout dans notre commune était offert pour y bien vivre et pour assurer ses besoins quotidiens.
Besoin de se vêtir ou se chausser ? 7 tailleurs d’habits, 17 couturières (dont certaines à leur propre compte et d’autres qui travaillaient au sein de l’atelier de Soeur Constance), 3 modistes, 2 marchands de tissus, 2 chiffonniers, 1 blanchisseuse, 3 repasseuses et 7 cordonniers se tenaient à votre disposition.
Envie de se nourrir ? 16 épiciers, 4 boulangers (les frères DEGROOTE et Georges DUBRULLE), 6 bouchers (Gustave PECQUEUR, Alphonse SINTIVE, Emile JACQUIN, Théodore BAUDEN, Narcisse CUVELIER, Louis FONTAINE), 2 charcutiers, 6 marchands de fruits et légumes, 1 marchand de fromages (Paul BOIDIN), 1 marchand de poissons (Charles BRAY rue « à deux gueules »), 1 confiseur et 1 marchand d’huiles (Théophile GUYOT) assuraient votre ravitaillement.
Des travaux à réaliser ? 1 architecte (Damas PLUMECOCQ), 1 entrepreneur en bâtiment (Achille BETREMIEUX), 1 charpentier, 3 couvreurs, 4 peintres (Emile HAYART, Louis CARLIER, Léon ROUSSELLE, François DUPLAT), 1 serrurier, 3 maçons (Louis DELPLACE, Désiré CONIAT, Achille SINTIVE), 2 forgerons et 5 menuisiers pouvaient mener à bien votre chantier.
Et pour compléter cette offre les habitants pouvaient compter sur 1 horloger (Edmond BOUFFLERS), 2 marchands de journaux (Henri DUQUESNE et Auguste DELEAU), 1 courtier en grains, 2 aubergistes (Adèle LOSSON et Augustine DUPONT) et 3 maréchaux-ferrants.
L’administration communale était dirigée par Louis POTTIER, le secrétaire de mairie, assisté de deux gardes champêtres, Louis WALLE et Victor MINCHE. Le curé de la paroisse était Jules DUCOURANT et le vicaire du Philosophe René BOULET.
Six instituteurs et six institutrices (le directeur d’école était Ernest FLAGEOLLET) éduquaient les petits Vermellois, y compris pour certains sous le patronage de la Compagnie des Mines de Béthune.
La receveuse des Postes (Eugénie MALAHIEUDE) pouvait s’appuyer sur son employée (Elisa BOULINGUEZ) et sur deux facteurs (Charles THILLIEZ et Georges HERTZ) pour la distribution du courrier.
Vermelles était également un point de desserte et de départ ferroviaire important. Le chef de gare, Edouard DEVAUX, dirigeait le personnel des voies et les deux garde-barrières qui lui étaient affectés. Trois autres, employés des mines, (Jules RENUY, Joséphine DUPONT et Louis-Joseph SINTIVE) étaient en poste aux passages à niveau assurant la circulation des trains chargés de minerai et sortant des fosses communales.
Seule ombre au tableau : la faiblesse de l’encadrement médical pour une commune d’un peu moins de quatre mille habitants. Alors qu’il hébergeait 2 médecins à la fin du 19ème siècle (Louis Charles HEVIN et Zéphir TRUFFIEZ) et un chirurgien, le village ne pouvait en 1914 compter que sur le Docteur Philibert BREHON, installé rue de la Chapelle, et qui de surcroît était officiellement médecin des Mines de Béthune.
En matière d’obstétrique, Flore CONIAT, sage-femme unanimement appréciée et respectée de toutes et tous, a fait naître des centaines de petits Vermellois. Euriale GROTARD, pharmacien rue de la Gare, et son préparateur Julien JACQUIN, paliaient la carence en médicaments par des remèdes faits maison et offraient aux souffrants le concours des sangsues, des ventouses, du laudanum et des cataplasmes et des décoctions à base de teintures, de sels et de plantes.
Ainsi se présentait Vermelles à l’aube de la première guerre mondiale. Un an plus tard, la quasi-totalité de sa population fuira un amas de ruines et les combats meurtriers, et la fureur des hommes et la dévastation des bombes mettront un terme à ce monde fait de labeur, de gaieté et de convivialité.
Sources: extraits de presse, recensements, mémoires locales.
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