
Nous sommes le 3 décembre 1914.
Les troupes allemandes qui occupent notre village ont mis femmes et enfants dans l’école sur laquelle ils ont placé des mitrailleuses.
Les deux mitrailleuses sont là, installées dans l’encadrement d’une fenêtre de l’école. On les voit bien. Quelquefois une tête d’Allemand apparaît. Les Français n’essayent même pas de tirer, tant ils craignent d’atteindre un des nombreux enfants dont on entend parfois le rire perlé.
Le colonel a reçu des instructions pour enlever le village le 5. Il faut exécuter l’ordre. Cependant il est très inquiet des conséquences de l’attaque dans les conditions actuelles.
Il est en observation derrière un mur lézardé au point qu’il en est crénelé. Il regarde les mitrailleuses, sujet de tant de préoccupations. De son poste il voit même les gosses qui jouent dans la rue. Un infirme est là. Il leur fait des gestes de sourd-muet. Le colonel a une pensée subite.
Il fait immédiatement appeler l’un de ses hommes et lui dit:
– Tu t’es vanté de connaître le langage des sourds-muets?
– Oui mon colonel.
– Tu vois cet infirme là-bas dans l’école? Les gestes qu’il fait sont-ils l’expression du même langage que celui que tu connais?
– Oui mon colonel.
– Tu vas prendre le petit miroir que voici et tu lui enverras le soleil en pleine figure pour attirer son attention, et quand je te demanderai tu lui signifieras de pousser sans qu’on s’en aperçoive les enfants dans le coin droit de la classe. Dis-lui aussi que dès que cela sera fait il te prévienne.
– Oui mon colonel.
Le colonel fait alors appeler dix bons tireurs, les place derrière un mur qui les abrite bien afin qu’au commandement ils visent les hommes qui mettent les mitrailleuses en action. Puis il range en ordre, à l’abri, la colonne qui doit aller à l’assaut de l’école.
Le sourd-muet fait le signe libérateur, les enfants sont à l’abri…. Les tireurs abattent successivement tous les Allemands qui sont aux mitrailleuses et enfin les fantassins, baïonnette au canon, entrent en trombe dans la cour de l’école. En dix minutes, grâce à la présence d’un sourd-muet, cette partie de Vermelles était délivrée.»
(extrait du livre «Actions d’éclat et ruses de guerre»)
En savoir plus sur OVEPAM
Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.
