ERREUR D’ETAT CIVIL (1/2)

Le futur marié vermellois était une fille !
Extrait du journal «Le Sud» du vendredi 3 mars 1933


L’administration avec un grand A est une personne aussi curieuse que scrupuleuse. Pour elle, ce que disent ses registres est l’expression de l’exacte vérité. Elle a parfois raison d’être sévère, mais elle peut aussi se tromper, ainsi qu’on va le voir.
Dernièrement un jeune homme de Vermelles de la classe 30 et rentrant du régiment a voulu se marier. Il fit part de son projet à la mairie de Vermelles à qui il demanda son acte de naissance. C’est alors que M. SIX, secrétaire général de
cette mairie, fit une constatation peu ordinaire qui l’obligea à répondre: « Impossible de vous marier car vous êtes une fille déclarée le 4 décembre 1910 sous le charmant prénom de Barbe. Si vraiment vous êtes du sexe que l’on dit fort, il vous faudra le prouver devant le tribunal ! ». Et voilà notre jeune fiancé parfaitement ennuyé.

La justice en effet ne badine pas avec des histoires de ce genre là. Il faudra lui prouver par A plus B que Barbe CARON n’est pas criminellement disparue mais qu’il y a simplement erreur d’un employé municipal.


Le problème semble heureusement être résolu au mieux des intérêts bien compris du jeune fiancé et de sa «promise». Les explications fournies ainsi que le résultat de l’enquête des gendarmes permettront très certainement au tribunal de rendre un jugement disant que Barbe CARON est bien un garçon, comme l’atteste le certificat médical joint au dossier. Mais vous vous dites, comment l’erreur a-t-elle pu se produire ?

A Vermelles, on donne l’explication suivante qui ne manque pas de relief.
CARON est né le 4 décembre 1910, jour de la Sainte Barbe. C’est pour cette raison d’ailleurs qu’on lui a donné le prénom de Barbe. Mais comme chacun sait, Sainte Barbe est la patronne des mineurs. Le 4 décembre est donc au pays noir jour de liesse et de réjouissance. Un fils qui vient au monde ce jour-là est dignement fêté. C’est probablement ce qu’a dû faire M. CARON père. Et, comme par ailleurs, le secrétaire de mairie de l’époque avait peut-être un faible pour les petits et grands verres, l’heureux père et lui durent aller trinquer au plus proche estaminet. On y resta peut-être un peu longtemps. Auparavant on avait fait signer en blanc par les témoins la marge du registre d’état-civil.

Il est alors facile d’imaginer ce qui se produisit : le soir, quand le secrétaire exécuta sa mission, de grises et vaporeuses fumées enveloppaient son subconscient. Une grande détresse s’empara de lui. L’index au front et mâchouillant son porte-plume, il se posa la question de savoir quel était le sexe de l’enfant. Ne parvenant pas à la résoudre et, comme Barbe semblait plutôt s’appliquer à une fille, il inscrivit dans la colonne réservée au sexe: féminin. Après quoi il s’en fut, conscient du devoir accompli !

Mais direz-vous, si Barbe CARON était une fille, elle n’aurait pas dû être soldat, ou tout du moins on aurait dû découvrir l’erreur au moment de son service militaire.


Voici l’explication : il y a deux registres de l’état-civil du tribunal d’arrondissement. Les archives ayant été à Vermelles totalement détruites par la guerre, on dut reconstituer le registre d’état-civil communal d’après celui déposé au greffe de Béthune. A l’époque où Barbe CARON partit au régiment, ce travail n’était pas terminé et l’on ne put vérifier.
Néanmoins, comme il avait toutes les apparences d’un solide et joyeux garçon, on l’envoya faire son service militaire.


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