Marie-Philippe-Albérique et François-Eugène : Un Mariage Historique

L’histoire des seigneuries de notre région se joue souvent dans l’intimité des cabinets notariaux. Au détour d’un contrat de mariage, des terres changent de nom ou de propriétaire et des destins se lient. L’union célébrée en 1716 entre Marie-Philippe-Albérique du CHASTEL et François-Eugène d’ASSIGNIES en est l’illustration parfaite : elle marque le passage définitif de la terre de Vermelles dans le patrimoine de la famille d’ASSIGNIES
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📜 Marie-Philippe-Albérique du Chastel : l’héritière de Blangerval
Née le dimanche 3 août 1698, Marie-Philippe-Albérique est la fille de François Guilbert Joseph du CHASTEL, Comte de Blangerval et seigneur d’Annequin, Vermelles, Noyelles et autres lieux, et de Anne Françoise Michèle de VARENNE (Document 1). Par son sang, elle porte l’héritage de domaines clés de notre contrée d’Artois.
Le dimanche 26 juillet 1716, à Verquin, elle unit sa destinée à celle de François-Eugène d’ASSIGNIES. Ce mariage, scellé par contrat devant maîtres Debailleul et Grégoire, ne lie pas seulement deux individus, mais transfère officiellement les titres de propriété de la seigneurie de Vermelles de la lignée des Du Chastel Blangerval vers celle des d’Assignies
Document 1: Acte de Baptême de Marie-Philippe-Albérique DU CHASTEL

🤝 François-Eugène d’Assignies : un destin scellé par les alliances
François-Eugène, né en 1688, est issu d’une lignée solidement implantée. Son père, Octave Eugène, marquis d’ASSIGNIES et avoué de Thérouanne, avait épousé Marie Florence de MARQUAIS, dame de Verquin, union célébrée à la Chapelette d’Arras le 17 août 1685 (Document 2),aux termes d’un contrat signé le 9 août pardevant Maîtres De Warlincourt et Billion.
Pour l’anecdote, Charles de Marquais acheta, à titre d’engagement, le 21 mars 1628 la terre, seigneurie et justice vicomtière du fief de la Tour de Verquinpour la somme de 3000 florins (– Arch. Nat. P 2048).
Par acte testamentaire rédigé à Annequin le 11 juillet 1731, François-Eugène reçoit de son père le prestigieux marquisat d’ASSIGNIES. Il cumule alors les titres de seigneur de Verquin, d’Allouagne et celui d’avoué de Thérouanne.
Document 2: Mariage d’ASSIGNIES – de MARQUAIS

⚔️ Une prise de pouvoir au château d’Annequin
Le destin de Marie-Philippe-Albérique bascule tragiquement en 1723. Suite au décès de ses frères, François Guilbert Joseph Louis (+ le 29 août 1723) et Hubert François Marie Albérique (+ 25 le décembre 1723) à Annequin, emportés par une terrible épidémie de suette, elle devient l’unique héritière de la seigneurie de Vermelles.
À la fin de l’année 1723, elle s’installe au château d’Annequin avec son époux et ses enfants. Pour faire valoir ses droits et exercer sa pleine propriété sur le domaine familial, elle écartera sa belle-mère et seconde épouse de son père, Marie Jeanne MANNESSIER et son demi-frère le Chevalier François Marie DU CHASTEL. Tous deux devront quitter les lieux et résider en pension dans l’auberge de Jean François LEROUX, cabaretier et tenancier à Cambrin. Marie Jeanne MANNESSIER y décédera le 30 novembre 1738 et son fils ne sera réadmis au château familial d’Annequin qu’en début 1756.
Ces démélés familiaux prendront un tour aussi burlesque que dramatique et formeront l’espèce d’un procès retentissant en 1716 devant le Conseil d’Artois. Cette instance sera abordée dans un prochain article sur la famille DU CHASTEL.
Le 5 juillet 1738, un nouveau dénombrement concernant la seigneurie d’Annequin sera servi par Marie-Philippe-Albérique DU CHASTEL (chartrier de Castrie, registre parchemin 306 AP 915).
On retrouve également la trace de terres rattachées à la seigneurie de Vaudricourt dans les transactions familiales de 1749.
🌳 Une descendance entre gloire et piété
De cette union naquirent huit enfants, dont les parcours illustrent la diversité des destins aristocratiques de l’époque :
- Charles-François-Florent : L’aîné, né le 8 novembre 1717 à Verquin, deviendra le
successeur direct et l’héritier de la seigneurie de Vermelles comme nous l’avons vu dans un précédent article. - Eugène-Constant,
- Joseph-Alexandre (l’Abbé d’Assignies) : Un destin plus tragique. Né en 1719, étudiant à Béthune , il s’éteint à seulement 14 ans le 20 décembre 1733 . Il est dit «tonsuré» dans son acte de décès. . Il est dénommé «Abbé d’Assignies» dans les documents le concernant. Signe de l’importance de la famille, son corps est ramené à Annequin le 21 décembre et inhumé « dans la sépulture de Messire le Comte de Blangerval qui est une cave joignant l’église d’Annequin
- Marie-Philippine-Albericque : baptisée à Saint-Vaast à Béthune le 19 avril 1723, Elle choisit la voie religieuse en chanoinesse de Denain le 13 septembre 1743.1743, où elle s’éteindra peu après le début de la Révolution, le 28 janvier 1792.
- Eugénie-Albérique, née le 24 juillet 1724 (baptisée le 27 juillet). Son parrain fut le Comte de Pétrieu et sa marraine Constance Eugénie de Dion d’Halluin.
- Jeanne-Marie-Charlotte, née le 17 octobre 1725 à Annequin, baptisée le 18 octobre 1725, chanoinesse de Denain en même temps que sa sœur.
- Marie-Élisabeth-Eugénie, née le 13 septembre 1726 (baptisée le 15 septembre), ordonnée chanoinesse de Bourbourg où elle mourut le 3 octobre 1793.
- Florent-Albert-François, né le 20 juin 1728, chevalier, capitaine d’infanterie au régiment d’Orion liégeois, mort à Denain le 11 juin 1761 à 32 ans, célibataire.
Les registres paroissiaux d’Annequin conservent l’acte de confirmation par Monseigneur DE LA SALLE, évêque d’Arras, de trois des enfants du couple à la date du 14 octobre 1730 (document n°3).
Document 3: Confirmation des enfants d’Assignies

On retrouve également les enfants du couple dans une transaction du 9 avril 1749 mettant un terme à un procès portant sur l’emplacement de six quartiers de terre relevant de la seigneurie de Vaudricourt (document n°4). Ces mêmes parcelles furent déjà l’objet d’un dénombrement en date du 23 juillet 1732 suite au décès de François- Eugène d’ASSIGNIES (document n°5).
Document 4: Transaction du 9 avril 1749

Document 5: Dénombrement du 23 juillet 1732

L’empreinte de la famille est encore visible : en 1724, ils offrent la grosse cloche de l’église d’Annequin
🏺 Conclusion : un patrimoine gravé dans les archives
┼ François- Eugène d’ASSIGNIES meurt à Annequin à l’âge de 43 ans vers trois heures et demie du matin le jeudi 19 juillet 1731 (document n°6).
Document 6: Acte de décès de François- Eugène d’ASSIGNIES

╪ Marie-Philippe-Albérique, son épouse, décède à Annequin à neuf heures du soir le dimanche 19 janvier 1744 (document n°7).
Document 7: Acte de décès de Marie-Philippe-Albérique DU CHASTEL

Tous deux sont inhumés et reposent dans leur chapelle familiale attenante au chœur de l’église.
Grâce aux contrats de mariage et aux dénombrements seigneuriaux retrouvés dans les archives, nous pouvons aujourd’hui reconstituer la trajectoire de la seigneurie de Vermelles. Ce passage de témoin est une pièce maîtresse du puzzle historique de notre territoire
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