Epidémies et Médecine au Moyen Age


🛡️ Ombres et Fléaux : Quand les Épidémies Frappaient le Vermellois

Le Moyen Âge est souvent fantasmé comme une époque de chevalerie, mais pour les habitants de notre région, c’était aussi une ère de vulnérabilité extrême face à l’invisible.

Imaginez le vieux Vermelles, bien avant que les mines ne façonnent son paysage. Entre les zones humides de l’Artois et les routes marchandes très fréquentées, nos ancêtres vivaient dans une crainte constante : celle de la « peine divine » ou du « mauvais air ». Au Moyen Âge, la maladie n’était pas seulement une affaire de santé, c’était un bouleversement social, spirituel et politique. Des pestes noires aux mystérieuses suettes, plongeons dans les archives d’une époque où l’espérance de vie ne dépassait guère 20 ans, où la vie à Vermelles a été rythmée par des vagues de maladies qui ont redessiné la société et parfois même renversé des lignées seigneuriales.

Bienvenue dans le monde merveilleux des bubons et des furoncles !



🦠 1. Un Catalogue de Souffrances : Le Panorama des Maux

Le panorama médical de l’époque ressemble à un inventaire de cauchemars où la science balbutiante laissait place à la terreur. Voici les fléaux qui ont marqué nos terres :

  • La Peste Noire (1348-1350) : Le fléau absolu. En 5 ans, elle a décimé 25 millions de personnes en Europe.Arrivée par les routes commerciales, elle décime entre 30 % et 50 % de la population du Nord de la France. À Vermelles, les bras manquent pour les moissons et les églises résonnent des glas incessants. Elle se manifeste par des bubons qui percent à l’intérieur du corps, puis par une septicémie menant à une mort atroce.
  • La Lèpre : Reconnue dès le Ve siècle, elle transforme les malades en « morts-vivants ». Exclus mais considérés comme proches de Dieu par leur calvaire, les lépreux étaient isolés dans des maladreries, souvent situées à l’écart des bourgs comme Béthune ou Arras.
    Vermelles ne dérogera pas à cette exigence, et une léproserie sera construite au milieu des marais et des terres marécageuses des Marissons. Une rue, la rue de la Maladrerie, marque encore aujourd’hui le témoignage du passage des cohortes de malades emmenés à l’isolement.
  • Le Mal des Ardents (Ergotisme) : Un mal bien connu de nos terres agricoles qui a fait des ravages.. Par temps humide, un climat que nous connaissons bien en Artois, un champignon (l’ergot de seigle) contamine les récoltes. Les paysans, consommant leur propre pain noir, hallucinent et sentent leurs membres se nécroser et brûler de l’intérieur : c’est le « feu sacré ». ou une punition divine. Le Poison des Champs entrainant une mort rapide
  • Les « Petits » Fléaux mais mortels : S’ajoutaient à cela
    • la Variole : Maladie très contagieuse qui couvrait le corps de pustules
    • les Écrouelles : Forme de tuberculose de maladies avec fistules purulentes dans le cou,
    • la Dysenterie : Infection du côlon qui provoque une forme grave de diarrhée qui aboutit souvent à la mort du patient )
    • et même la Blennorragie, surnommée la « chaude pisse ».

⚰️ 2. Le Mystère des « Suettes » et le Drame de Vermelles

Deux pathologies étranges se distinguent par leur rapidité foudroyante, marquant à jamais l’histoire locale :

  1. La Suette Anglaise : Epidémie de l’armée du Roi Henri VII d’Angleterre , elle apparaît pour la première fois en 1485 et la dernière fois en 1551. Elle tue en moins de 24 heures : frissons, délire, transpiration fétide et décès .
  2. La Suette Picarde ou Suette Miliaire) : Ainsi dénommée car elle se manifestait par une éruption cutanée en forme de grains de mil. L’épidémie est apparue plus tardivement en 1718. Entre 1718 et 1947 , 194 épidemies ont été dénombrées . Si la science moderne soupçonne aujourd’hui un hantavirus, son origine exacte reste un mystère de l’histoire médicale française.

C’est cette Suette Picarde pourtant moins fatale que la Suette anglaise qui va bouleverser la hiérarchie successorale de notre village. En 1723, la famille Du Chastel , seigneurs de Vermelles, est frappée au cœur :

  • François Guilbert Joseph Louis décède le 29 août 1723.
  • Hubert François Albérique s’éteint le 25 décembre 1723.

En quelques mois, les héritiers mâles disparaissent, faisant de leur sœur, Marie Philippe Albérique, l’unique héritière de la seigneurie de VERMELLES. Sans ces épidémies, l’arbre généalogique et la transmission des terres de notre commune auraient pris un tout autre chemin.



🗺️ 3. Pourquoi notre région était-elle si exposée ?

Plusieurs facteurs expliquent la virulence des épidémies autour de Vermelles :

  • 🛣️ Une zone de passage : Entre les Flandres et Paris, l’Artois est un couloir pour les marchands et les armées, principaux vecteurs de virus.
  • 💧 L’humidité des sols : Les zones marécageuses (vers Cuinchy ou le marais) favorisaient la prolifération de parasites et de maladies hydriques.
  • ⚔️ Les Guerres : Les passages de troupes dévastant les cultures
    provoquaient les famines et affaiblissaient les organismes, créant un terreau fertile pour les infections.

🩺 4. Soigner l’Âme et le Corps : La Médecine Médiévale


Au Moyen-Âge, le verbe « soigner » avait un sens bien différent. Il en va de même lorsque nous parlons de médecine. Sans connaissance des microbes, on reposait sur des savoirs anciens et des croyances profondes.

🧪 La Théorie des Humeurs: La quête de l’équilibre

Tout le savoir médical de l’époque reposait sur l’héritage des anciens (Hippocrate et Galien) et leur célèbre théorie des humeurs. On considérait que le corps était régi par quatre fluides essentiels :

  • Le Sang (lié à l’air, chaud et humide)
  • Le Phlegme (lié à l’eau, froid et humide)
  • La Bile Jaune (liée au feu, chaude et sèche)
  • La Bile Noire (liée à la terre, froide et sèche)

La santé était une question d’équilibre (l’eucrasie). Si l’une de ces humeurs dominait les autres, la maladie survenait. Pour poser un diagnostic, le médecin examinait le pouls, la langue, mais surtout la couleur et l’odeur des urines et des selles, considérées comme le miroir de l’intérieur du corps.

⛪ Le Malade et le Péché : Une dimension spirituelle

À Vermelles comme ailleurs en Artois, la maladie n’était pas qu’une défaillance biologique ; elle avait une signification spirituelle. Le malade était souvent perçu comme un pécheur. La souffrance devenait alors une voie de rédemption, un moyen de laver ses fautes pour gagner le salut de son âme. Le médecin intervenait sur le corps, mais le prêtre restait le premier recours pour « guérir » l’esprit. On priait les saints guérisseurs : Saint Roch pour la peste ou Saint Adrien pour les morts subites

🌿 La Pharmacopée du Terroir : Simples et Décoctions

Pour rétablir l’équilibre des humeurs, on utilisait une pharmacopée variée :

  • Les Simples : Des remèdes à base de plantes naturelles (sauge, mélisse, verveine) cultivées dans les jardins des monastères.
  • Les Décoctions complexes : Des mélanges plus obscurs incluant des minéraux (soufre, plomb), des métaux, ou même des extraits d’animaux.
💉 La Saignée : Le remède universel

Le traitement curatif par excellence restait la saignée. L’idée était simple : drainer l’excès d’humeur corrompue pour purifier le patient. Cette pratique a traversé les siècles avec une ferveur étonnante.

Le saviez-vous ? La saignée était si ancrée dans les mœurs que, plus tard, un roi comme Louis XIV en subira environ 2 000 au cours de sa vie, malgré la faiblesse que cela entraînait.

⏳ Une existence fragile

L’absence de connaissances sur la contagion microbienne explique la fragilité de la vie humaine. Les chiffres sont éloquents :

  • Au début du Moyen Âge, l’espérance de vie moyenne d’un homme n’était que de 14 ans (chiffre tiré vers le bas par une mortalité infantile effroyable).
  • À la fin du XVe siècle, grâce à de légers progrès en chirurgie et en hygiène urbaine, elle atteignait péniblement 19 ans.

Malgré cette zone d’ombre scientifique, la médecine médiévale a posé les bases de l’observation clinique et de la chirurgie, progressant lentement mais sûrement vers la compréhension du corps humain.


🔚 Conclusion : Un héritage gravé dans le temps

Si les bâtiments médiévaux ont disparu, rasés notamment par la Grande Guerre, la mémoire de ces épreuves subsiste. L’absence de connaissances scientifiques maintenait une espérance de vie très faible (14 à 19 ans en moyenne).

Pourtant, l’histoire des épidémies reste inscrite dans l’ADN de Vermelles. Elle se devine dans la dévotion passée pour les saints protecteurs, mais aussi dans la généalogie du village : sans la maladie, le destin de la seigneurie des Du Chastel aurait été tout autre. Se souvenir de ces fléaux, c’est rendre hommage à la résilience de nos aïeux qui ont permis à notre communauté de traverser les siècles.



En savoir plus sur OVEPAM

Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.

Laisser un commentaire