Journal Le Petit Nord
Ce dimanche 31 mai 1891, vers onze heures du soir, un très violent incendie a éclaté dans les bâtiments de la ferme de M. Emile Gouillard au hameau du Rutoire à Vermelles.
Un domestique, le sieur Théodore Roger, était rentré depuis quelques instants et déjà endormi lorsqu’il fut réveillé par un bruit insolite. Il se leva vivement et vit qu’un bâtiment voisin de sa chambre était en flammes. Il donna aussitôt l’alarme.
La ferme de M. Gouillard se compose d’un vaste bâtiment donnant sur la route et divisé, au rez-de-chaussée, de plusieurs granges que séparent de larges entrées ouvrant sur la cour. C’est à l’extrêmité gauche de ce bâtiment que l’incendie s’est déclaré et a gagné rapidement les autres parties.
Les pompiers de Vermelles et de Mazingarbe sont arrivés en peu de temps. Mais leurs efforts furent vains et ont dû se borner à préserver le corps du logis relié au bâtiment incendié par des écuries et des étables neuves installées sur les côtés. Une vaste cour s’étend au milieu.
L’incendie a duré jusqu’au matin. Des pans de murs seuls sont restés debout.
Les bâtiments incendiés étaient à usage de granges et contenaient de grandes quantités de récoltes.
Une batteuse et une machine à vapeur ont été détruites ainsi que les pigeons et les volailles. Les pertes sont évaluées à 20 000 francs mais sont heureusement couvertes par une assurance.
Dans la matinée les gendarmes de Lens ouvrirent une enquête pour découvrir la cause du sinistre. On la trouva facilement. Un tas de paille, au dire de plusieurs témoins, avait été placé près d’une porte et enflammé. Le parquet de Béthune fut prévenu par télégramme.
M. Siben, procureur de la République, s’est transporté dans l’après-midi sur le lieu du sinistre et a continué l’enquête commencée par la gendarmerie. A l’heure où nous quittons Vermelles, c’est à dire vers six heures du soir, M. Siben n’est pas encore parti et il nous a été impossible de connaître le résultat de son enquête.
D’après les diverses personnes dignes de foi qui nous ont fourni des renseignements, de lourds soupçons pèsent sur un ancien domestique de M. Gouillard qui avait quitté depuis quelques temps la commune et dont la présence a été signalée dimanche à Vermelles. On dit aussi que ce même domestique fut jadis également employé chez un autre cultivateur où il y a quelque temps un incendie a éclaté et dont la cause a paru fort suspecte. L’enquête est en cours et apportera sans doute une réponse aux nombreuses questions que se pose M. Gouillard.
