Journal La Justice du 9 juillet 1884
Le vendredi 4 juillet 1884, à 300 mètres de la barrière du chemin de fer de Vermelles, sur la route d’Hulluch, vers quatre heures du matin, Charles Danghin, âgé de quarante sept ans, cultivateur et messager, né et demeurant à Annay, partait avec sa voiture en direction de Béthune, chargé par différentes personnes, deux d’Annay et trois de Harnes, de se rendre à la régie de Béthune pour y acheter du tabac.
En passant à Hulluch, Danghin fut interpellé par la demoiselle Eugénie Duflot, rentière âgée de soixante douze ans, qui lui dit : « Danghin, j’ai besoin de me rendre à Sailly-Labourse pour y porter trois caisses d’épiceries à une amie, voulez-vous me permettre de monter dans votre voiture ? ». Danghin accepta. On chargea les trois caisses et l’on partit.
La voiture avait fait à peine quelques pas qu’un individu interpellait de nouveau Danghin et lui demandait la permission de prendre place dans son véhicule. Le messager, un très brave homme, accepta et il descendit même de son siège pour permettre à l’inconnu d’y prendre place. Et on continua la route.
A quel endroit le crime a-t-il été commis ? On ne peut sûrement le certifier ; toutefois il est certain que le véhicule n’avait pas franchi la barrière de Vermelles.
L’assassin, l’inconnu qui avait pris place dans la voiture, a frappé ses victimes avec un marteau à battre les faulx qui a été retrouvé dans un champ de betteraves. Pas de lutte ! Pas de cris ! Pas de menaces ! Il a tout d’abord assassiné le conducteur à qui il a porté une dizaine de coups, tant à la tête que sur les autres parties du corps. Il a ensuite frappé mademoiselle Duflot, qui s’était jetée à genoux en voyant l’assassin s’acharner sur Danghin, et elle tombait bientôt mortellement blessée.
Danghin, après avoir laissé monter sur le siège l’inconnu qui devait bientôt si lâchement le tuer, était remonté dans l’intérieur de la voiture. C’est là qu’on a retrouvé les deux malheureuses victimes dans un état épouvantable, mais encore vivantes.
Après avoir consommé son double crime, l’assassin remit le cheval en sens opposé sur la route d’Hulluch et prit la fuite à travers champs. Quant au véhicule trainé par le cheval qui connaissait la route, la parcourant tous les quinze jours, il arriva vers sept heures du matin à Hulluch. C’est alors que le crime fut découvert.
Les personnes d’Annay et d’Harnes, qui avaient chargé le messager d’aller leur chercher du tabac à Béthune, avaient remis à ce dernier une somme de 1800 francs que Danghin enferma dans une sacoche qui n’a pas été retrouvée. C’est donc au vol qu’il faut attribuer le crime ! Mais l’enquête sera longue, car les renseignements que l’on possède sur l’assassin sont très vagues. Le parquet de Béthune, représenté par MM. Delot, Procureur de la République, et Delalay, juge d’instruction, accompagnés par M. le docteur Boulinguez et la gendarmerie de Lens, sous le commandement du maréchal des logis Tierson, s’est transporté à Hulluch vers dix heures du matin.
Les magistrats sont tout d’abord allés visiter les victimes, qui avaient été transportées chez Charles Louis Housieaux, cabaretier, à l’estaminet du Tourne-Bride. Au moment où le parquet pénétrait dans la salle, Danghin rendait son dernier soupir. Quant à la demoiselle Duflot, elle souffrait horriblement et était dans un état de prostration complète. M. le docteur Boulinguez donna l’ordre de transporter la malheureuse à l’hospice de Béthune. On la plaça sur la voiture, théâtre du crime, et on chargea deux personnes de soutenir la pauvre femme pendant le trajet. Le cadavre de Danghin fut également placé sous un drap dans le char et transporté aussi à l’hospice de Béthune où samedi matin on a procédé à l’autopsie.
D’après les derniers renseignements, il n’y aurait bien qu’un seul assassin. Il n’a toujours pas été ni retrouvé ni appréhendé.
