TARTES MORTELLES

                                                       Journal L’Avenir d’Arras

         L’Avenir d’Arras nous apporte les détails suivants sur l’horrible accident survenu avant-hier sur la commune de Vermelles.

         Ce dimanche 1er septembre 1895, jour de fête communale, au hameau du Rutoire, la femme Puchois, née Argentine Hautecoeur, âgée de quarante six ans, confectionnait douze tartes et deux gâteaux avec l’aide de la femme Lemaire à l’occasion des festivités de la commune.

         Vers trois heures de l’après-midi, après le repas dominical, on commença à manger de la tarte. Prirent part à ce régal : la femme Puchois, ses quatre enfants et son petit-fils. Il y avait aussi la femme Lemaire et ses deux petites-filles, Angèlique Lemaire et Louise Louchart, ainsi que la femme Lecoeuvre et sa fille.

         La nuit suivante, les onze personnes qui avaient mangé de la tarte furent prises de vomissements et de fortes diarrhées.

         Le médecin appelé en urgence auprès des malades ne tarda pas à être fixé sur l’origine de leurs souffrances. La femme Puchois avait commis l’imprudence de mettre dans ses tartes, comme beaucoup de ménagères le font encore, un morceau de sulfate de cuivre de la grosseur d’un pois dans le but de faire lever la pâte.

         Malgré tous les soins prodigués, le petit Joseph Puchois, âgé de neuf ans, dont le père César demeure en Amérique et dont la mère Malvina Delaforge est servante à Lille, est décédé ce lundi deux septembre à six heures trente du soir.

         La jeune Appolline Puchois, âgée de quinze ans, n’a pas non plus survécu au drame et est morte à sept heures du soir au domicile de ses parents, Désiré Puchois et Argentine Hautecoeur, résidents estimés et respectés du hameau du Rutoire. Toutes les autres personnes ayant mangé de la tarte s’en sont tirées à bon compte et sont aujourd’hui hors de danger.

         M. Marchand, juge d’instruction, accompagné de M. Hénin, son commis-greffier, s’est transporté à Vermelles pour procéder à une enquête et écouter les récits et témoignages des mises en cause.

         Selon ses conclusions, toute idée de crime doit être écartée : il s’agit d’une simple imprudence qui, hélas, a quand même coûté la vie à deux pauvres jeunes victimes innocentes.